à propos des mutations

La reproduction en captivité des reptiles, dans un but commercial, date du début des années 1950. Les serpents en ont plus largement profité que les lézards, pour plusieurs raisons : le régime alimentaire plus facile à satisfaire pour beaucoup d'espèces, un engouement plus important pour cet ordre, et des progrès technologiques favorables à la détention des lézards qui sont apparus plus récemment (comme les tubes à UV-B).
Comme tous les animaux détenus dans un but d'agrément, les espèces reproduites ont fait l'objet de sélection visant à en améliorer leurs qualités esthétiques. Ainsi les mutations génétiques intervenant sur les coloris et les patrons de colorations ont été isolées sur de nombreuses espèces, et de nouvelles mutations apparaissent chaque année chez les éleveurs professionnels. Ces mutations, appréciées par beaucoup de terrariophiles, garantissent aussi de bons revenus pour les éleveurs qui les isolent pour la première fois.
Si les premières mutations observées étaient le fait de la nature, les mutations actuelles sont obtenues par un long (parfois très long) travail de sélection génétique et de combinaisons, et non à la suite d'accidents d'incubateur.
Les mutations sont une affaire de goût (parfois douteux), mais ont l'avantage d'assurer la provenance captive du spécimen. Comme de plus en plus de terrariophiles s'attachent à ne posséder que des individus aux caractères esthétiques différents de la souche sauvage (ou du moins le spécimen avec la couleur la plus voyante !), les populations sauvages sont épargnées. Les mutations de couleur les plus voyantes, à part le mélanisme qui correspond à une adaptation, sont généralement absentes des milieux naturels* parce qu'éliminées très rapidement.
L'aspect contraignant de ces mutations vient de l'attraction qu'elles suscitent auprès des amateurs. Il est en effet très difficile voire impossible pour certaines espèces de retrouver des souches captives "pures" sans avoir recours à une nouvelle ponction sur les populations naturelles. Même s'il faut bien avouer que la plupart des animaux gardés en captivité par les amateurs ne fera jamais l'objet d'un programme de réhabilitation dans leur milieu, la sauvegarde d'un "pool" génétique peut être rendue plus aisée par l'implication d'éleveurs non professionnels. Cette implication s'est déjà avérée fructueuse à certaines occasions, et au vu de la vitesse à laquelle disparaissent certaines populations sauvages il est à craindre que les programmes d'élevage seront plus nombreux d'années en années. Les terrariophiles peuvent donc avoir un rôle à jouer, par leur expérience d'élevage et le suivi de leurs souches captives, qu'il serait dommage de sacrifier devant le mercantilisme ou l'effet de mode…

Les reptiles, contrairement aux mammifères, possèdent plusieurs types de pigments cutanés, dont l'absence ou la sous expression caractérisent les différentes mutations de couleur.
• Les mélanophores épidermiques et les mélanocytes dermiques, contiennent de la mélanine responsable de la couleur noire,
• Les lipophores contiennent des pigments jaunes (xanthophores),
• Les allophores contiennent des pigments rouges (érythrophores),
• Les iridocytes contiennent de la guanine, responsable de l'aspect irisé de la peau des serpents.
Les pigments verts et bleus n'existent pas chez les reptiles. C'est en fait la guanine qui dissocie le rayon lumineux comme un prisme, et produit le bleu par association à la mélanine, et le vert par association aux xanthophores.
Le terme "albinos" en général, dans ce cas, ne caractérise plus une couleur blanche, mais un animal dont il manque un type de pigment. Un véritable "albinos" est un animal pour lequel il manque tous les pigments. Beaucoup de phases ont ainsi des noms évocateurs comme "snow", "ghost", "lavender", "amber", "hypo-tangerine" etc.

L'effet des mutations de couleur sur la difficulté de maintenance en terrarium est peu documentée, mais ne semble pas avoir d'effet néfaste sur la durée de vie. Les cas de spécimens héliophiles mais chez qui les pigments foncés sont manquants sont cependant assez nombreux, il peut être difficile pour ces animaux d'assurer une thermorégulation et un comportement normaux. En fait les effets les plus pernicieux des mutations résultent de la consanguinité. Pour la fixation d'une mutation particulière, il est en effet nécessaire de croiser les descendants avec les géniteurs (back-crossing), ou de reproduire les descendants entre eux. Souvent la mutation n'est obtenue qu'à partir d'un seul couple, et les effets de tare génétique ne tardent pas à se faire ressentir (petite taille, fécondité diminuée, mortalité juvénile importante, effets tératogènes lors du développement etc.).

* Il y a bien sûr des exceptions : une population albinos naturelle d'Elaphe climacophora, par exemple, est présente au Japon, où elle est intégralement protégée.

 

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